C’est avec tendresse et auto-dérision que Jean-Philippe Lehoux a ouvert son carnet de voyages et la saison 2014-2015 de la Petite Licorne, avec la pièce Napoléon voyage.

Avec une grande dose d’humour, l’auteur conte les anecdotes de ses nombreuses escapades hors Québec. Accompagnées par la présence musicale de Bertrand Lemoyne, les saynètes emmènent le spectateur de la Bosnie à Cuba en passant par la Syrie, la Norvège ou le Japon, en explorant la tension entre le touriste, consommateur superficiel d’expériences à l’étranger vs. le voyageur, dont l’approche est plus noble et plus ouverte aux rencontres et à la découverte, thème que l’auteur avait déjà évoqué dans la pièce « Comment je suis devenue touriste », lors de la rentrée 2013 de ce même théâtre.

Des anecdotes hilarantes s’entremêlent tout au long de la pièce et tiennent le spectateur en haleine, avide de connaître la fin de chacune d’elles, les plus savoureuses étant isolées et racontées par un Jean-Philippe Lehoux placé sous le projecteur de la honte et du rire, en stand-up comedian. Évidemment, en fil rouge, l’histoire de sa tourista récurrente est délicieusement tordante. Grâce à sa franchise impudique et un sens de l’auto-dérision revendiqué, Jean-Philippe Lehoux dévoile un talent de conteur hors pair et son amour des voyages est terriblement communicatif. Comment ne pas avoir envie de partir à l’aventure en l’écoutant décrire la beauté des rencontres, des paysages, de sa vie rêvée de touriste voyageur-explorateur sans le sou et sans talent lorsqu’il s’agit de la gent féminine. Son passage au monastère syrien Deir Mar Moussa al-Habachi lui a notamment appris que la vie ou les voyages ne devraient pas être placés sous le signe de l’urgence, mais sous celui du temps retrouvé. Quant à son excursion dans la Norvège Arctique, c’est une belle découverte des notions marines de base : oui, il est préférable de jeter l’ancre lorsqu’on décide de pêcher sur une mer sujette à de fortes marées…

Émerveillé, toujours émouvant et complice du public dans ses anecdotes, l’auteur partage son amour de l’aventure et dévoile l’accueil chaleureux qu’il a reçu dans des lieux et destinations improbables (Bosnie, Syrie) en creusant un peu plus loin le pourquoi de l’envie de voyage, surtout en solitaire. Car sous la couche de rires francs, une poésie de la solitude l’habite, il réfléchit notamment au temps qui passe, celui qu’on ne sait pas se donner à soi-même, avec une grande sensibilité. Sa vision du voyage est éminemment humaine, de soi à soi-même et de soi à l’autre. Le voyage n’est pas une course, nous rappelle-t-il…eh bien courez quand même au théâtre de La Licorne du 25 août au 12 septembre 2014, vous aurez votre voyage!