(More) propositions for the AIDS museum : les mémoires du sida

La première de (More) propositions for the AIDS museum, de projets hybris, a eu lieu hier soir à la Chapelle. Comme le suggère le titre, le sujet principal de cette création interdisciplinaire est la crise du sida, à la fois dans une perspective de mémoire et de militantisme actuel. Et le pluriel de propositions est tout à fait pertinent, tant la diversité des variations sur le même thème est présente. D’ailleurs, le programme de (More) propositions for the AIDS museum annonce la couleur : projets hybris propose un chaos organisé, un musée fictif et vivant. Eh bien, c’est le cas!

Le propos s’incarne dans une succession de tableaux disparates et bilingues, où chorégraphie, chant (pop, rap etc.), théâtre, projections vidéos se croisent et s’entremêlent. On pourrait se perdre dans cette forme éclatée, mais, en réalité, l’épidémie, son histoire et les luttes sociales qu’elle a générées servent de fil rouge. Le propos tient la pièce et lui apporte une forme de cohérence paradoxale. Malgré quelques longueurs et le caractère inégal des propositions (inhérent au travail d’un collectif), la pièce tire sa force de l’extrême authenticité des artistes. Leur investissement fait de ce patchwork une tribune de symboles et d’expressions diverses avec un même message. Quelle que soit la forme, le contenu passe, parfois avec beaucoup d’humour.

Le travail de recherche sur le sujet est palpable : le spectateur lambda qui a vu l’épidémie de loin (et ne s’est par forcément senti concerné…) ET celui qui l’a vécue de près apprennent quelque chose et repartent avec plus de matériel de réflexion. Le volet didactique n’est peut-être pas sa mission première, mais le spectacle constitue tout de même une grosse piqûre de rappel sur un sujet qu’on tend à oublier et que la pièce fait revivre dans un réalisme incarné, voire charnel. Certaines des actions d’ACT UP sont ainsi soulignées. Tant mieux pour les publics plus jeunes, pour qui le VIH et le SIDA ne résonnent plus de la même façon que pour la génération précédente.

Les artistes proposent aussi (et surtout) un appel à l’action militante et une prise de conscience du public. Comment ne pas parler de l’explosion totale du quatrième mur (et du cinquième mur…) lorsque la participation du public est non seulement requise (vive Facebook Live), mais qu’en plus la pièce accueille un invité spécial (hier, c’était le Dr. Jean-Pierre Routy) pour une interview, qui vient littéralement changer le ton de l’expérience. Le spectateur est mobilisé, plongé dans un état d’écoute et de vigilance au propos, on lui parle comme à un citoyen concerné et actif, et c’est là l’une des grandes réussites du show. Certes, on questionne l’imaginaire du sida et ses symboles à travers des tableaux entre colère et espoir, mais on incarne le militantisme et les combats qui doivent être menés aujourd’hui, dans une société où la stigmatisation et la criminalisation des séropositifs sont encore présentes.

Bravo à projets hybris pour cette audace militante et cette prise de parole si nécessaire.


Crédit photo : Claire Renaud
Au Théâtre La Chapelle du 24 au 28 avril.

By | 2017-04-25T11:00:41+00:00 25 avril 2017|0 Comments

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