La fin d’un couple. Le couple, c’est Stan et Audrey. Il est metteur en scène, elle est actrice. Ils ont eu des enfants et ont travaillé ensemble. Une vie de couple, quoi. Celle-ci prend fin magistralement dans le très beau texte de Pascal Rambert. Construit autour de deux monologues successifs d’une heure chacun, il offre aux acteurs un véritable défi d’interprétation. De toute beauté.
Stan (Christian Bégin) ouvre le bal et annonce à Audrey que leur histoire est finie, et puisqu’il faut tout dire, selon lui, il va parler. « Je suis prisonnier ». Face à une Audrey silencieuse dont le visage se décompose au fur et à mesure que son mari lui assène ses mots, Stan met à mort leur relation avec la précision d’un chirurgien, sans anesthésie. Pendant une heure, il va attaquer le « week-end permanent » qu’était leur histoire selon lui, à coups d’analyses grandiloquentes, avec ironie et condescendance. Armé de ses seuls mots, il déconstruit ce qu’il qualifie de fiction, cette conception de « l’amour toujours » où l’on finit par aimer l’amour plus que l’autre lui-même. Le tout dans une posture d’intellectuel cérébral tout à fait irritante parce que visiblement déconnectée de ses émotions.
Et c’est là qu’arrive la réponse d’Audrey, que l’on attendait nerveusement, après avoir assisté à sa décomposition physique, de larmes et de faiblesse. Elle ne le laisse pas s’en tirer à bon compte et conclure sa relecture de leur passé commun sans avoir son mot à dire. Elle riposte aux attaques point par point, tournant en dérision les images et métaphores utilisées par Stan, dans une vision plus charnelle, sensible et incarnée (un cliché de la femme amoureuse?) de ce qu’a été pour elle leur amour, ouvrant même la possibilité d’une rédemption que Stan ne saisit pas. Dans le corps et le sang, les mots sont des haches, et Audrey fait craquer le vernis cérébral de Stan en faisant appel à leur passé commun.
Portés par un texte d’une effroyable justesse, Maude Guérin et Christian Bégin offrent ici une performance toute en tension, à la fois physiquement, mentalement et émotionnellement. Mention spéciale pour Maude Guérin, qui habite le personnage de façon magistrale. Même le spectateur en ressort vidé, car ce sujet universel ne peut pas laisser indifférent. En fonction de son propre vécu amoureux, le texte peut faire écho, à différents moments de la pièce. L’asymétrie des sentiments, la lassitude d’une vie établie, la rage qui gronde dans les poings fermés, ou la faiblesse dans les jambes lorsque l’autre nous quitte… Que de vécu! Le choix formel des deux monologues successifs plutôt que l’échange naturel met le texte au cœur de la pièce et marque une frontière plus claire entre ces deux conceptions de l’amour qui s’affrontent et restent inconciliables. Du théâtre qui fait mal, mais qui le fait bien.
Au Théâtre de Quat’sous du 11 novembre au 6 décembre 2013.
Crédit photo : Yanick Macdonald
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