Dans une salle remplie d’une foule bigarrée, l’équipe de projets hybris ont offert hier, à la Chapelle Scènes contemporaines, une performance toute en énergie et en bouillonnement : Youngnesse. Comme l’indique le titre, la proposition est une réflexion sur la jeunesse, dans une perspective bilingue, et bien sûr, queer et féministe, la signature de projets hybris. Ancrée dans les suites de la grève étudiante de 2012, la performance laisse une grande place à de la musique live, des lectures de textes politiques, des monologues…entre autres.

On entre dans le vif du sujet grâce à la musique. Tout au long de la représentation, on vivra au rythme d’un concert « punk » qui crée une atmosphère énergique et vient stimuler les sens du spectateur. Des couleurs vives, des matériaux récupérés, du plastique, de l’aluminium : la jeunesse créative, foisonnante et en colère utilise tout ce qu’elle peut pour construire et déconstruire la scène. Le spectateur est fusillé d’images et de symboles, dans une catharsis de mouvements. Symboliquement, la révolution du changement voulue par les jeunes s’incarne en de multiples structures et personnages bouillonnants. De bric et de broc, chaque objet ou matériau vient servir le propos. Ici, un performeur s’enroule dans une bâche de plastique et devient une petite sirène hystérique, là, on construit une structure qui ne cesse de s’effondrer. On se relève, on tombe, on se relève encore. Et on dénonce. On souligne le droit des femmes dans des représentations qui viennent réaffirmer la domination masculine à tuer. Le déguisement semble être roi et devient personnage. On cherche son identité partout, les perruques fusent. Hommes, femmes, il n’y a plus de frontières pour le spectateur, happé par des signaux partout sur scène, dans un survoltage créatif.

Cette création collective vient alors briser le 4ème mur et construire une cabane au-dessus du public, le temps d’une pause dans le bouillonnement. Des lectures de textes polémiques, politiques viennent apaiser le rythme de la représentation jusqu’à ce que les voix cacophoniques des performeurs soulignent le désenchantement d’une jeunesse qui réalise que son message ne passe pas. La « révolution » sur scène est vue à travers les yeux d’aujourd’hui. Des colères qui ont trébuché, une énergie brute non canalisée…à laquelle la société semble rester sourde. Il y a fracture. Une performeuse porte une banderole : « nous rêvions à des colères magnifiques ». Malgré le déferlement d’idées et de luttes, la jeunesse parle à l’imparfait, avant que l’énergie revienne et que le spectacle se termine dans une apothéose cacophonique désarticulée. All over the place.

On ressort de Youngnesse avec une perspective en demi-teinte et on se questionne sur sa propre jeunesse. Comment tant d’énergie a-t-elle pu échouer à faire changer la société? Où sont nos combats d’avant? Fallait-il mieux s’organiser? Contrôler le message au risque de briser l’élan? En ces temps d’élections et de débats adultes, Youngnesse vient nous rappeler que le combat doit être permanent et que la jeunesse a son mot à dire.

Crédit photo : Keven Lee