Créé en 2015 à l’Usine C, Would, spectacle primé de Mélanie Demers, revient pour quelques représentations à La Chapelle ces jours-ci. Une oeuvre forte, créée en collaboration avec les interprètes Marc Boivin et Kate Holden.

Would est un objet chorégraphique et performatif qui cherche a fuir l’ici et le maintenant pour se projeter au conditionnel et explorer l’arbre des possibles de chaque individu. Ce serait ça, Would. « Ce serait », les premiers mots du remarquable monologue de Marc Boivin, dans lequel il imagine et se laisse submerger par ses utopies. Kate Holden, elle, transcrit (en anglais) ce qu’elle arrive à capter des mots de son partenaire sur un flipchart. Des utopies qui se croisent, qui ne se comprennent pas, qui n’ont pas de sens. Puis elle se lance dans ses propres utopies, mais dans sa langue à elle, l’anglais. On reste au conditionnel, la parole précède le geste, mais le mouvement reprend rapidement ses droits, et transparaît au cœur de chaque possible cité. Le ballet du mot et du geste peut commencer.

Dans une chorégraphie de l’amplitude, soutenue par un texte d’une rare pertinence, Mélanie Demers entraîne ses deux interprètes dans un dialogue entre affrontement et réconfort, et réussit brillamment à pointer son doigt là où ça fait mal. L’angoisse existentielle est partout, consciente. On ne peut qu’adhérer à cette recherche profonde de ce qui fait de soi un être humain : le doute, le vertige du possible. Dans Would, l’apathie peut succéder à un déferlement verbal. Ces mains qui se cherchent et se donnent, ces épaules qui se tendent vers l’autre, ces murmures, ces cris, ces longs silences. L’interprétation est magistrale et enthousiasmante car la ligne est fine entre l’acteur et le danseur dans cette production, Kate Holden et Marc Boivin sont tout simplement habités par ce texte, par ce propos et leur exécution dansée n’en est que plus précise et plus désespérée. Bref, un excellent moment qui résonne en soi, et qui donne envie, le temps d’une fulgurance, d’affronter son angoisse et de redessiner son arbre des possibles à soi.

Crédit photo : Mathieu Doyon